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Reflexions Sematiques ou les dix principes de la Célébration de Soi

3/ Le Kwanzaa - ou le Passé, le Présent et l’Avenir

Il est convenu de considérer que le Kwanzaa est une fête, et, en particulier, celle des enfants. L’aspect festif est indéniable, mais il s’agit ici d’aller au delà de la fête pour rentrer dans le domaine de la célébration. Et qui dit « célébration » implique nécessairement les notions de « spirituel », de « culture » et de « conscience historique et politique ».

Parler d’enfants illustre cette proposition. Les enfants sont à la fois l’avenir, notre continuité, et le passé, notre avant et notre origine. En bons Noirs, en bons kamites, nous croyons, non pas à la Résurrection, mais à la Réincarnation. L’Enfant est celui qui est revenu pour que se perpétue la lignée, pour qu’elle ne soit pas brisée, pour assurer notre pérennité en tant qu’individu et en tant que Peuple. L’Enfant est celui qui est venu et qui va poursuivre l’œuvre de Régénération, de Renaissance. Car un Peuple, une Nation, un individu qui n’assure pas sa continuité en se rattachant à son passé est un Peuple mort, une Nation invalide, un individu stérile. Puisque l’Enfant est le lien entre le passé, le présent et l’avenir.

Les enfants interrogent très clairement notre responsabilité face au passé, au présent et au futur.

Comment nous réapproprions nous notre passé, comment nous le régénérons, comment nous nous montrons dignes de la lumineuse créativité de nos ancêtres, comment nous les continuons, comment nous les transmettons pour préparer, construire et consolider l’avenir ?

Et d’ailleurs, avons-nous conscience de notre passé ? Avons-nous conscience d’avoir un rôle à jouer dans le présent ? Voulons-nous un futur ? Sommes-nous sûrs d’être là demain (le voulons-nous) ? Ou vivons-nous pour l’immédiat, pour quelques « SMIC de black », complètement coupé-décalé de la société, du monde et des nôtres ? Aimons-nous assez nos enfants pour assurer leur sécurité physique, culturelle et spirituelle ?

Protéger ses enfants, c’est protéger notre patrimoine culturel, génétique et spirituel. Nos enfants ne sont pas de simples enfants : ils sont l’incarnation de notre vie, de notre santé, de notre force, l’incarnation de notre fertilité, pas seulement biologique.

Mais, nous ignorons superbement la nécessité de fertiliser l’esprit de nos enfants, en leur inculquant nos valeurs, notre esprit, nos symboles, en les nourrissant de nos figures héroïques et divines, nos génies merveilleux.

Nous préférons aujourd’hui qu’ils soient intégrés, assimilés, c’est-à-dire, non pas riches en esprit, mais pauvres en esprit.

Car personne n’ignore ici - sauf ceux qui se croient être ouverts à touts vents, ce qui fait que leur maison n’est pas très sûre - « qu’intégration », « assimilation » et « métissage » sont des notions corrosives qui impliquent l’adhésion et la soumission à la culture coloniale de la suprématie blanche que beaucoup disent, et croient, « universelle ».

J’ai la faiblesse de croire qu’il n’y a d’universel, que son propre esprit. C’est-à-dire que c’est notre propre génie, notre propre histoire, notre propre spiritualité, notre propre religion, notre propre civilisation qui nous font rentrer dans l’universalité (vous avez ainsi des choses à partager, à mettre dans le pot commun de l’Humanité).

Ce n’est pas l’amnésie, le mépris de soi pour idéaliser l’autre à travers ce qu’il vous a bien souvent subtilisé qui fait que vous êtes « universel ».

Devenir quelqu’un d’autre en ne gardant de soi qu’une apparence, vide de surcroît, et que d’autres remplissent ne vous fait pas évoluer. Cette métamorphose vous abaisse, vous fait rester dans la servitude et l’aliénation, vous laisse soumis, sans passé, sans présent, sans avenir. Vous restez un « sujet », un Objet sur qui on a autorité, et non un Sujet Autonome des grandes avancées humaines.

La première chose à faire quand on veut cesser d’être un Objet, le réservoir sans cesse renouvelé de clichés, de mythes, de fantasmes, c’est de re-créer et de ré-investir son propre espace symbolique, sémantique et mental.

Nous sommes le centre et pas la périphérie. Nous sommes notre propre référence. Nous avons notre propre vision du monde.

Nous ne sommes pas les sans-papiers de la civilisation, les immigrés clandestins de la culture.

Nous devons retrouver l’Esprit Sain.

5/ L’Esprit Sain

Le Kwanzaa n’est pas une fête. Kwanzaa, c’est l’esprit sain du Peuple Noir.

Pourquoi a t-on besoin d’un esprit sain (dans un corps sain) ?

Pour sortir de l’aliénation et de la folie qui est la nôtre.

La folie est prise ici dans le sens d’inertie. Nous composons avec les insultes, avec la condescendance et le paternalisme, sommes complètement indifférents à notre propre sort, continuons à nous laisser malmener et infantiliser, espérons toujours l’aide humanitaire d’anges blancs venus de l’enfer de notre soumission, acceptons le mépris, le révisionnisme et le négationnisme.

Si ceci n’était pas exact, nous serions une communauté puissante, crainte et respectée, qui ne serait pas en train de quémander ou de supplier pour être « aimé », « intégré », « représenté ». Une communauté qui serait en train d’élaborer des stratégies de conquête, d’organiser la célébration de sa propre grandeur et des drames de son histoire, de réaliser son unité transnationale, au lieu de se gargariser de nationalités improbables et sans cesse remises en question.

Nous ne serions pas un Corps dispersé, segmenté, fragmenté en écoles de pensées (occidentales) en guerre perpétuelle, en chapelles religieuses se maudissant l’une l’autre, en ressortissants de villages à responsabilité limitée que nous appelons « pays indépendants », dont la forme de gouvernement la plus connue est la diminution de sa propre population et la promotion de sa propre indigence.

Inertie, indifférence, divisions.

-   Un de nos frères, Monsieur R. risque quelques années de prison parce qu’il s’est montré lucide avec le pays d’exil où nous survivons aux incendies, aux préfectures et aux zones de rétention. 200 parlementaires lui ont rappelé son passé de « descendant d’esclave » comme on dit, et non de citoyen, comme ils nous font croire. Esclave qui n’a que le droit d’aimer la France, pas de la saloper, quoi qu’elle lui dise, quoi qu’elle lui fasse. Critiquer la France, ses hauts personnages, ses idoles sera assimilé à la « haine de l’occident », ou, comme dit Alain Finkelkraut, à un « pogrom antirépublicain ». Critiquer l’Afrique et les Noirs dans leur ensemble, s’appelle, comme vous le savez « parler vrai », « parler le langage de la vérité », « une analyse objective » ou « avoir l’Afrique (et les Africains) à cœur ». Il y a la démocratie des uns et la servitude continuée des autres.

Petit rappel historique : Code Noir (1724, article 53) : « commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants, en sorte que l’injure qu’ils leur auront été faite soit punie plus grièvement que si elle était faite à une autre personne ». Troublant, n’est ce pas ?

Et puisque nous sommes dans le rétablissement du « rôle positif de la colonisation », rappelons également ceci : article 1 de l’arrêté de rétablissement (de l’esclavage par Napoléon Bonaparte) du 16 juillet 1802 : « jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté, dans l’étendue de cette colonie et ses dépendances, que par les blancs ».

Si vous pouvez vous faire retirer la régularité de votre titre de séjour, comment ne pas penser qu’il en soit de même pour la nationalité ?

-   Certains d’entre nous connaissent des ennuis judiciaires pour de fallacieuses accusations « d’incitation à la haine raciale ». Dans notre paradigme Afrocentrique, je le rappelle, il n’existe pas de « raciste anti-blanc » ou « d’antisémite noir ».

Le racisme et l’antisémitisme n’appartiennent pas à notre espace culturel ou mental, à notre histoire, à notre être le plus profond. Ce sont les créations de peuples tellement élus qu’ils se subdivisent en « aryens » et en « non-aryens » pour trouver des solutions finales là où elles sont impossibles, car il reste toujours des traces.

Un Noir ne peut inciter à la haine raciale quand il protège son peuple, identifie ses ennemis ou ses prédateurs et lui demande de faire preuve de prudence autant que d’intelligence. Cela s’appelle l’intérêt supérieur de l’Etat ou de la Nation ou du Peuple, ou si vous préférez, l’amour de soi, pas la haine raciale. Des notions que nous comprenons sans doute mieux quand il s’agit de ceux qui nous tuent avec force résolution. Là, c’est normal... nous, c’est pas pareil.

Un Noir ne peut inciter à la haine raciale quand il se doit de ne pas accepter que les intérêts vitaux de notre Peuple soient définis, encadrés, portés par des individus qui sont totalement étrangers à notre Peuple, qu’ils soient descendants ou héritiers des négriers sémites ou indo-européens. Reconvertis ou non.

Si « l’esclavage », comme disent les blancs, a été réellement aboli, pourquoi continuer à vouloir et à accepter des « maîtres » ?

Il s’agit ici, non pas de haine raciale, mais de la stricte application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il s’agit de la stricte application des décrets annulant les relations entre maîtres et d’esclaves.

Je ne suis pas de ceux qui attendent le respect des autres, parce que je peux toujours attendre. Je n’attends pas le respect, l’amour ou l’estime de mon prédateur. Je n’ai pas ce rêve là. Ce que j’attends, c’est le retour de mon pouvoir par mon incorruptible action qui ferait que mon prédateur réfléchisse avant de s’attaquer à moi.

Pour ceux qui pensent que la fraternité universelle existe, j’ai une très mauvaise nouvelle pour eux : les rapports entre les hommes et les peuples sont des rapports de force. Des relations déterminées par le pouvoir. Soit vous en avez et vous vous imposez et l’on vous craint. Soit vous n’en avez pas et il ne vous reste plus que l’amour de vos ennemis. Ce qui n’a jamais sauvé personne.

Notre solitude est-elle si immense, si insupportable qu’il nous faille absolument être aimés par ceux qui nous disent tous les jours, qui nous montrent tous les jours leur désir - et plus que leur désir - leur volonté de nous voir disparaître ?

Un peuple qui se libère doit retrouver le sens de sa propre valeur, c’est-à-dire se célébrer. En ayant des principes et un symbole.

6/ Les 10 principes de la célébration de Soi

-  Les 3 principes Sématiques

Premier principe : il n’y a rien de plus grand, de plus beau, de plus lumineux, de plus intelligent, de plus génial que nous mêmes. Nous sommes Dieu. Le Nom que nous nous donnons exprime cette transcendance et détermine notre Mission.

Alinéa 1 : dans ce peuple Elu, ce Peuple-Dieu, la Mère du Monde, la Femme Noire, celle qui reproduit le mystère de la vie, est l’Etre Essentiel, Cardinal. Si l’on n’intègre pas le fait que la Renaissance Africaine, c’est aussi - et surtout - remettre la Femme Noire au centre de notre univers, nous n’avons rien compris.

Deuxième principe : Il n’y a rien de plus grave et de plus spécifique que ce qui nous est fait ou nous arrive. Quand ce sont des tragédies, elles constituent des Abjections Absolues.

Troisième principe : les mots, concepts, jugements, termes, valeurs, notions, philosophies, idées, idéologies de ceux qui nous assujettissent (qui ont souvent servi à nier notre humanité, notre civilisation et notre liberté) ne sont pas universels. Ce sont des outils d’oppression et d’infériorisation.

- Les 7 principes du Kwanzaa

Umoja : l’Unité Umoja est le principe de l’Unité qui détermine notre coexistence fraternelle et harmonieuse, et notre capacité à faire ensemble ce dont notre Communauté a besoin.

Kujichagulia : l’Auto-Détermination C’est la responsabilité de nous définir, de nous défendre, et de faire ce qui est nécessaire afin de promouvoir nos propres intérêts. Se définir soi-même est la première des libertés. Il est naif, sinon dangereux d’attendre des autres qu’ils soutiennent nos efforts pour améliorer notre condition. Ujima : le Travail et la Responsabilité Collectifs C’est la responsabilité personnelle de chacun et chacune par rapport à la Communauté Africaine. Etre africain, c’est faire partie d’une communauté sans laquelle l’on n’existe pas. Il est impératif que nous nous engagions à maintenir cette Communauté, à la fortifier, en joignant nos efforts.

Ujamaa : la Coopération Economique C’est l’initiative économique, et le devoir de générosité. Maulana Karenga résume ainsi Ujamaa : « édifier et préserver nos propres commerces, magasins, et entreprises, et en tirer profit ensemble » (1998, p. 56).

Nia : la Vocation Nous devons nous laisser fortifier par la conscience de notre immense héritage culturel et historique, et assumer pleinement la place qui nous revient de droit.

Kuumba : la Créativité Seule notre créativité nous permettra de renouer avec la grandeur passée de notre Communauté, et de nous revivifier. Nous devons nous laisser guider et inspirer par nos Ancêtres et leurs réalisations, afin de restaurer notre Communauté.

Imani : la Foi C’est l’expression de notre Foi en nous-mêmes, en la force de nos valeurs culturelles, léguées par nos Ancêtres. Ce principe exorcise, par conséquent, toute tentation de désespoir, et interdit la résignation à la défaite et au statu quo.

Références bibliographiques:

Aucune.

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